Descriptif du projet

La Philharmonie islamique, de son nom arabe Philharmonie Silkoul Jawahij, est une organisation interne au Mouvement Mondial pour l’Unicité de Dieu du guide soufi mouride sénégalais Modou Kara Mbacké. Ce mouvement religieux de réforme, néo-confrérique, issu de la Mouridiyya, est essentiellement implanté à Dakar. Fondé en 1995, il est un mouvement de masse (plus de 600 000 fidèles) à but éducatif pour une jeunesse urbaine en quête de repères moraux et religieux. Ses activités, au-delà du religieux, s’inscrivent dans le social (par des activités dites citoyennes), dans le politique (avec la création du Parti de la Vérité pour le Développement, PVD) et dans la musique grâce à la Philharmonie islamique.
Cette philharmonie islamique est composée de deux structures, la mélodie divine et la mélodie spirituelle.
La mélodie divine, créée en 2002 par Modou Kara Mbacké, regroupe des compositions musicales dites divines car dictées, selon le marabout, par les anges qui lui souffleraient durant la nuit ces airs musicaux. Elle a pour objectif de propager le message religieux de Cheikh Amadou Bamba, le fondateur de la confrérie mouride. Modou Kara Mbacké a ainsi mené des jeunes adeptes quotidiennement dévoués à prendre des leçons de musique, à apprendre à jouer d’un instrument durant près d’une année dans une école de Dakar. Par la suite, il a consacré une de ses maisons de la capitale (quartier Zone A) au logement de ces « mélodiens » dont l’activité journalière est la répétition de gammes, le chant des Khassaïdes (poèmes écrits par Cheikh Amadou Bamba) et le jeu de cette mélodie divine. Celle-ci est composée de chœurs de violons (occidentaux), de quelques percussions (deux ou trois djembés et sabars) et de quelques guitares.
La mélodie spirituelle n’est pas, elle, d’origine divine, mais est l’œuvre de Modou Kara Mbacké qui compose des textes d’inspiration coranique. Ces textes peuvent être chantés par le marabout lui-même lors de cérémonies, par ses fidèles ou par les mélodiens. Ils sont également repris par des artistes sénégalais reconnus qui les adaptent à leur répertoire et les chantent sur des airs de salsa, de reggae ou de mbalax.
La Philharmonie islamique est ainsi une formation complexe, en pleine structuration, dont l’organisation a été confiée par Modou Kara Mbacké à Iba Guèye Massar, artiste sénégalais joueur de reggae et proche du marabout. Son objectif est religieux. Il est de transmettre au monde entier le message de la tariqa (confrérie) et la musique est utilisée comme une technique de prosélytisme afin de sensibiliser des populations étrangères à l’islam et à la Mouridiyya. Pour cela, la mélodie divine est proche d’une fibre musicale occidentale, grâce à ses chœurs de violons, et la mélodie spirituelle jouée sur des airs populaires (salsa, reggae…) veut transmettre son message religieux à une population sénégalaise et internationale.
L’objectif de ce projet est ainsi d’analyser, selon une approche anthropologique, cette formation musicale interne à ce mouvement religieux islamique et de comprendre comment la Philharmonie islamique instrumentalise une création musicale religieuse locale à des fins de prosélytisme international, la transformant en musique pour le Monde.

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