Descriptif du projet

L’Europe centrale et orientale et la « globalisation » musicale : Transferts et contre-transferts

Une approche historique des transferts culturels dans le domaine des musiques diffusées massivement après la Première Guerre mondiale fait apparaître l’ancienneté relative des phénomènes de « globalisation » musicale. Du tango tchèque au jazz français, des modalités diverses d’appropriation sont repérables et ne sont pas assimilables à une simple « importation ». Depuis les années 1930, les échanges se sont multipliés mais il serait intéressant de voir comment l’espace de l’Europe central et orientale, en partie intégré à l’espace du bloc soviétique, participe à ces échanges à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Le travail envisagé consiste à établir un vaste corpus des transferts et contre-transferts, repérant dans les musiques populaires urbaines de grande diffusion ce qui à l’Ouest est marqué comme venant de l’Est et, inversement, ce qui à l’Est est marqué comme venant de l’Ouest ( y compris du Sud ou du Tiers-Monde). Les références à une Russie imaginaire dans la variété occidentale, les importations inavouées ne sont pas équivalentes à l’admiration d’une génération pour la liberté symbolisée par Franck Zappa, véritable héros en Tchécoslovaquie. Les musiques dissidents du groupe Plastic People of the Universe ou les punks de RDA mettent en évidence l’importance des transferts les plus difficiles à réaliser dans les processus créatifs eux-mêmes. C’est donc à la place de toutes ces formes d’appropriation entre deux univers culturels séparés par la Guerre froide rapprochés par des migrations (comme le groupe de gipsy punk new yorkais Gogol Bordello) que ce travail sera consacré en se centrant sur les modalités de la création musicale dans le domaine des musiques populaires urbaines, à l’ouest comme à l’est.

Les travaux de Michaël Rauhut sur les groupes punks de RDA mettent en évidence le passage de groupes musicaux vers une dissidence. Le phénomène dépasse une simple mode. L’enquête portera sur un ensemble de figures musicales souvent dissidentes, parfois difficiles à cerner, car échappant dans les pays du ’bloc socialiste ’ aux listes officielles et professionnelles de musiciens. Certains groupes ont acquis une norioté durable ( les plastic People of the Universe, les Puhhys, Monokel...). D’autres ont été oubliés depuis l’effondrement du système. L’articulation entre dissidence et création musicale sera donc au coeur de la réflexion sur les échanges est-ouest dans les processus créatifs. La place des exilés (Miroslav Vitous, Jan Hamer...) met en évidence des mécanismes de transferts complexes.

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