Descriptif du projet

Intermédiaire entre la Caraïbe et l’Amérique centrale, le Belize a connu une histoire tout à fait particulière, fruit d’une double colonisation anglaise et espagnole. Aujourd’hui, une logique multiculturelle (notamment dans l’éducation, la culture ou le tourisme) succède aux politiques post-coloniales tournées vers l’intégration nationale. Contrastant avec les représentations habituelles de l’Amérique latine, les descendants d’africains incarnent, au Belize, l’identité nationale naissante alors qu’ils sont habituellement exclus du pouvoir politique et économique ailleurs. Néanmoins, l’arrivée massive de migrants centre-américains dans les années 1980 tend à inverser le rapport démographique existant et conduit à une polarisation ethnique autour des catégories d’ « afro » et de « latino ». Dans ce contexte, je m’intéresserai à la musique comme un puissant révélateur des processus politiques et sociaux de construction d’une identité nationale (l’indépendance est obtenue en 1981) qui s’ancrent dans des mécanismes complexes d’affirmation, de négation ou d’euphémisation de la différence.

Les sources et les ressources de la création musicale

Multiplicité des « musiques noires »

La coexistence de populations noires descendantes d’esclaves (creoles) et de populations noires n’ayant pas été assignées à l’esclavage (garifunas) vient complexifier les formes de mobilisation identitaires contemporaines et rappelle à quel point la catégorie « afrodescendant » doit être appréhendée dans toute son hétérogénéité. En comparant deux musiques associées aux populations « noires », la Punta et le Boom and Shine, le travail portera sur les interactions entre ces deux groupes, sur leur mode d’auto et d’hétéro-désignation, sur leur place dans la société nationale.

Musique et frontière nationale

Alors même que la région qui constitue aujourd’hui la frontière entre le Mexique et le Belize a été marquée par une même histoire de marginalisation des centres coloniaux et par des phénomènes récurrents de circulation de population, l’indépendance du Mexique va contribuer à la fixation des appartenances nationales et ethniques. Comment la musique permet-elle de rendre compte de la mise en place de ces deux modèles ethno-nationaux ? Au-delà des discours officiels (politiques, administratifs, scientifiques) ne témoigne-t-elle d’une permanence de la circulation des deux côtés de la frontière ? Comment pouvons-nous percevoir, à travers la musique, la coexistence de ces phénomènes de circulation et d’ancrage, de va-et-vient identitaire entre « identité afro » et « identité latina » ?

L’économie de la création musicale

Marché local, marché global

La Punta est devenue une des expressions de la « world music » et il n’est pas rare de trouver des CD de Punta sur les marchés européens. Dans le même temps, et tout en restant associée à un groupe ethnique et à un territoire particuliers, elle est en passe de devenir une véritable « musique nationale », commercialisée et diffusée dans l’ensemble du pays. Au contraire, le Boom and Shine n’a pas véritablement franchi les frontières nationales, voire même est resté cantonné à la seule ville de Belize. De plus, il reste à la marge du marché de la musique contemporain (production de CD et DVD, diffusion à la radio et à la télévision) et s’inscrit davantage dans des réseaux de distribution plus locaux et informels.

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